Et si on parlait… De ma prison ?

La fonction publique est ma prison.

Le système est très bien rodé. Dès que tu commences à travailler, tu commences à payer. Et tu ne peux plus t’arrêter ni de payer, ni de travailler. Tu donnes la majeure partie de ton temps à un employeur. Et quand tu travailles pour l’état, tu donnes ta vie. Impossible d’en sortir. Surtout si tu as des enfants. Parce qu’il faut les nourrir.

Klo_la_grenouille

Je suis assise sur le quai du métro et je ne veux pas aller travailler. Je fais ma rebelle, en faisant mon sitting, mais je regarde quand même l’heure. Autour de moi il y a des pubs à la con. Des gens qui sont obligés de se rendre à leur travail, comme moi. Et il y a du bruit.

Je suis assise sur le quai du métro. J’aimerais que le temps s’arrête. Parce que je ne veux pas que le temps passe plus vite. Si la journée passe vite, on sera demain. Et demain on enterre mon neveu. Et si j’ai pas envie aller travailler, j’ai encore moins envie d’assister à ça, c’est trop injuste.

Klo_la_grenouille

Hier je me suis renseignée pour démissionner. J’ai le droit de partir. Mais ce sera sans rien. Parce que quand tu es fonctionnaire, il n’y a pas de rupture conventionnelle de contrat. Tu ne te souviens pas ? Tu n’as pas signé de contrat. Seulement, quand tu avais 23 ans, tu as accepté de donner tes 40 voir 45 prochaines années à l’état. Sur le moment ça te soulage. Parce que Toc a faim tous les jours et tu ne veux pas qu’elle ait froid. Aujourd’hui tu as 35 ans et tu te rends bien compte de ce que c’est la vie.

On me dit d’accepter mon sort. Je dois être souriante, aimable et polie. Mais j’ai envie de tout envoyer chier. J’ai envie d’aller m’asseoir quelque part dans le silence. L’image d’un trou s’impose à mon esprit. Mais demain, le petit sera mis dans un trou. J’ai pas envie qu’il y aille, je ne peux pas avoir envie de le suivre. Au moins lui ne subira pas cette vie qui s’offrait à lui, j’aurais préféré. C’est tellement inutile de penser ça. Le petit n’est plus. Et moi je rejette ma vie.

Le temps ne s’arrête pas. Les métros se succèdent. Et les gens en montent et en descendent. Toujours plus de gens. Ça pullule.

Klo_la_grenouille

J’ai faim.

Des gens et du bruit.

Klo, qu’est ce que tu veux faire ? J’en sais rien. J’ai 1000 projets par jour qui fleurissent dans mon esprit. 1000 projets et rien ne se fait. Chaque jour ressemble au précédent. Avec cette différence que chaque jour j’ai plus de mal à le supporter. Alors on me dit de réfléchir à ce que je veux faire. Mais à quel moment je trouverai le temps de réfléchir ? Et comment penser avec tout ce bruit. C’est comme si c’était fait exprès, pour nous empêcher de penser.

Je crois que je suis en train de craquer.

J’essaie de donner le change, j’essaie d’accepter ma situation. Mais je n’y arrive plus. Je ne peux pas accepter de passer chaque minute de ma vie à attendre le week-end, ou les vacances. Je pense que je suis en train de craquer parce que j’ai un nuage noir sous le front. Les métros se succèdent et je me demande ce que ça ferait si je me jetais sous l’un d’eux. Comment ça les ferait chier les gens ! Trafic interrompu… Accident grave de voyageur. Voyageur ? Vraiment ? C’est romantique d’appeler un mouton obligé d’aller travailler quand chaque fibre de son corps le refuse, un voyageur. Je ne suis pas un voyageur. Je suis une prisonnière. « accident grave de prisonnier » De toute façon, les autres prisonniers ça les ferait bien chier.

Je suis en train de craquer. Pourquoi ai-je mal à la nuque chaque jour ? Et au pied ? Le mal de nuque, c’est ma résistance à cette vie. Je dois courber l’échine. Ne pas essayer de voir plus loin que ÇA. On te fait croire que tu peux changer ta vie rien qu’en y pensant. Conneries… De toute façon tu ne peux pas penser. Il y a une connasse qui te rabâche en boucle qu’il y a des travaux sur le RER A, rien à foutre… Le mal de pied c’est que je veux aller ailleurs. Tout le temps, chaque minute, chaque seconde. Je veux être ailleurs.

Les trains se succèdent. Ça fait 27 minutes que je suis là.

klo_la_grenouille

Je vais aller travailler. J’ai pas le choix. Le suicide est un acte soit trop courageux, soit trop lâche pour moi. Je n’ai pas encore décidé. Aujourd’hui je ne peux pas faire ça. Demain on enterre le petit. Je ne veux pas faire cette peine à ma sœur, à ma famille, à mon amour, à mes enfants. Eux ils préfèrent que j’endure cette vie de merde. Alors je vais aller travailler. Pas le choix. Je ne suis pas un arbre mais j’ai pas d’autre choix que de rester où je suis. J’aimerai bien être un arbre, au lieu d’être une prisonnière. Je retourne casser les cailloux. Et avec le sourire s’il vous plait… Pas le choix…

Note : coup de blues du matin, je ne suis pas suicidaire. Je suis juste épuisée.

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