La page blanche

Les écrivains parlent souvent de la page blanche. Alors que mon désir le plus cher est de m’exprimer, au moment où ça devient possible, mon esprit se tait. Chaque jour, des milliers de pensées, de bavardages, abondent dans ma tête et m’empêchent de trouver un peu de paix. Et quand j’ai besoin que mon esprit guide mes doigts sur le clavier, il s’éteint. Je me retrouve en suspend…

Steve_a_johnson

Je ne suis pas écrivain. Mais sans arrêt mon esprit bouillonne. Je suis une rebelle en papier, une furie silencieuse, une révolutionnaire censurée. Mes pensées sont un flot incessant. Quelques fois, j’ai de la brume dans la tête. Mes pensées ne sont pas claires, pas précises, elles se mélangent et je ne ressens que de la confusion. Je n’ai pas réussi à écrire un seul article depuis plus d’une semaine. Pourtant le précédent était bouclé en trente minutes.

J’ai précisé mon ressenti par rapport au développement personnel mais ça m’a cassé les pattes. Maintenant je n’arrive plus à trouver de raison de me battre. Je ne me bas pas au sens propre du terme mais j’entre en résistance avec les choses qui composent ma vie, tout ce qui me fout en boule. Ce sont des détails, un mec qui s’arrêtent au milieu du chemin, une meuf qui me pousse dans un bus, ou encore un poivrot qui renverse sa bière le matin sur le quai. Je me sens agressée dans ma tranquillité intérieure par tout ça. J’ai envie de partir. J’ai envie de fuir l’île-de-France, pour élever des chèvres et faire pousser des légumes. J’ai envie de m’éloigner de ce bain de mauvaises ondes qui pourri et pollue tout le monde ici.

Je serre les poings. De plus en plus souvent. Je regarde les autres qui sont tous courbés sur leurs téléphones et je me dis que c’est comme ça qu’on réussit à soumettre le peuple, à éteindre les cerveaux et éviter un soulèvement.

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Je sens comme si un terrible cataclysme allait s’abattre sur nous, humains. Bientôt la fin du monde. Et je m’inquiète de voir mes concitoyens si sages. A quoi ça sert de résister, à quoi bon regarder vers le ciel et penser que je parviendrais à m’élever ? A quoi bon se battre ? Pourquoi mes pensées se taisent quand j’ai besoin de tourner ma vie en dérision pour tenir ? Qui est ce que ça intéresse de savoir que j’ai envie de m’enfuir en courant ?

Mes pensées se taisent parce que j’ai besoin de repos. J’ai besoin de baisser les armes, d’arrêter de penser justement. J’ai besoin de ne plus remarquer, de ne plus voir, de ne plus entendre. Je veux juste me recroqueviller en moi.

Pexels

Alors, au lieu de lire ma bibliothèque avec des livres sur le féminisme, sur le zéro déchet, sur la présence extraterrestre ou le champ unifié, j’ai juste envie de m’évader. C’est donc avec une musique classique, sans parole, juste de belles mélodies, qui joue à fond dans mes oreilles et avec un livre de fiction que je disparais. Tu me vois, mais je suis très loin. Je suis dans la peau d’une flic, d’une fourmi, ou d’un dieu. Je ne suis pas là, voilà à quoi sert un livre en fait. Ceux qui me font réfléchir, qui parlent de sujets bien actuels, d’injustices, ou d’histoires vraies, je les fuis. Je refuse de me prendre la tête.

J’ai même téléchargé des jeux débiles sur mon téléphone, et j’arrête de critiquer ce que j’ai sous les yeux. Je donne un os à ronger à mon esprit bavard et curieux, pour passer les soixante minutes qui me séparent de mon canapé.

Alexa_photos

Puisque les gens acceptent tout sans broncher, je veux faire pareil. Puisque me questionner sur notre avenir, les raisons de notre présence sur terre, ou sur les origines de l’humanité ne trouveront jamais de réponses, à quoi bon ? Puisque ce soir, malgré le fait d’avoir couru dans ma roue de rat toute la journée, je serais exactement au même point que ce matin, autant que je meuble ma journée pour qu’elle passe plus vite. Autant que j’accepte le métier qui est le mien qui me tient par les ovaires parce qu’il me permet de payer un appareil dentaire et des colonies de vacances. Je vais donc rester sur pause. Parce que j’adore écrire et raconter les anecdotes du quotidien, mais à quoi bon ?

Les transports en commun par exemple, c’est un sujet très divertissant, comment se fait-il que je n’arrive pas à en écrire la fin ?
Mon esprit se révolte, ma pensée refuse d’accepter, mais à part me fatiguer psychologiquement ça ne sert absolument à rien.

Voilà où j’en suis aujourd’hui, nulle part.

Artem_Apukhtin

Quand quelque chose accroche mon attention, la petite voix dans ma tête me dit : bof… On s’en fout en fait. Et tout mon corps répond que oui, c’est vrai, on s’en fout. Même si je me sens concernée, de toute façon, je ne changerais pas le monde toute seule, et les gens n’en ont pas envie. Alors pourquoi me fatiguer à râler?

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