Libérez les seins !

Depuis que ceux-ci ont commencé à pousser, j’avoue ne pas m’être posé trop de questions. Ça pousse, il est donc naturel de porter des brassières et des soutien-gorge.

J’ai la chance, ou la malchance, comme je l’ai toujours ressenti, d’avoir été particulièrement bien pourvue par la nature. Ils ont commencé à prendre de l’ampleur, et ce, assez tôt dans ma vie de jeune fille. Ce qui m’a valu, comme vous pouvez l’imaginer bon nombre de railleries. Les enfants sont tellement gentils entre eux…

Ces choses-là  prennent de la place, et dans mon cas, beaucoup de place. J’ai rencontré des problèmes pour m’habiller, pour faire du sport, et je ne vous raconte pas la galère pour trouver des soutien-gorge à ma taille.

Ma relation avec mes seins est pourrie et l’a toujours été. Je les hais.

Ils ont toujours été contenus, maintenus, aplatis, dissimulés, tout ce que vous voulez.

Un jour, alors que j’étais en seconde, j’ai voulu faire comme les autres au lycée, et ne rien mettre sous mon débardeur. Je vivais aux Antilles et franchement sous les mini bretelles c’était vraiment laid. Sans compter que vu le poids des engins, les bretelles du soutif faisaient un bon centimètre de large. Cette fois-ci, ce ne sont pas mes camarades de classe qui se sont foutu de moi. Ma prof d’anglais, en revanche, m’a expliqué qu’avec une poitrine comme la mienne, le mieux était que je choisisse de ne plus jamais sortir sans dessous.

Je crois que ce jour-là j’ai eu la plus grosse honte de ma vie. Jusque-là j’étais OK avec ma façon de m’habiller, je n’étais pas vulgaire ni rien, contrairement à certaines jeunes filles du lycée. La journée de cours n’en était qu’à sa moitié, et j’aurais voulu me cacher sous terre. Le pire c’est que ma prof, j’en suis sûre, ne m’a pas dit ça par méchanceté, elle était aussi assez corpulente à ce niveau et devait elle-même avoir eu un vécu particulier avec cette partie de son anatomie.

Du coup, quand ma petite Toc a commencé à se développer à son tour, je me suis fait un plaisir de lui offrir de jolis dessous pour maintenir l’insolent renflement.

Hans

Au début de cette année, j’ai eu la chance de voir arriver dans ma vie la fille d’Amour, Ploc. Cette jeune fille est très intelligente et sa tournure d’esprit me plait beaucoup. En plus, elle me permet de me remettre en question. Elle, c’est un féministe dans l’âme, très à l’aise avec son corps et avec sa condition féminine. Elle déteste les soutiens-gorge. Elle les trouve inconfortables, elle ne comprend pas pourquoi les femmes se trouvent obligées de supporter cette torture toute la journée alors que les hommes peuvent se balader torse nu sans aucun problème. Avant de l’entendre défendre ce point de vue, je partais du principe qu’une femme sans dessous, c’était indécent. Pourtant je trouve également que les soutiens-gorge sont un calvaire d’ailleurs, mon premier réflexe en arrivant chez moi est de m’en débarrasser, avant même d’ôter mes chaussures ! C’est dire à quel point je suis conditionnée.

Cette rigidité dans mes opinions pourrait presque m’autodécevoir même si j’essaie de m’être indulgente, compte tenu de cette remarque reçue à une période où je n’étais pas finie psychologiquement (à supposer que je le sois aujourd’hui).

Toujours est-il que j’ai vu sur Ploc des regards d’hommes de tous âges qui m’ont particulièrement déplu. Je me suis donc entendue lui conseiller, à mon tour, de mettre des sous-vêtements quand elle n’était pas sous la protection de sa mère et moi. Parce que les hommes sont comme ça, incapable de se tenir… Et je n’ai pas envie qu’il arrive malheur à mes filles.

En tout cas Ploc a initié un questionnement existentiel quant à la légitimité/utilité/nécessité du soutien-gorge.

Ma réflexion a continué à l’occasion de la Gay Pride où je me suis demandée, en quoi des femmes torse-nu avaient leur place au défilé. Je ne voyais pas le rapport entre le fait d’être un LGBTQA et le fait d’être indécente… Toujours ce terme. Une femme doit cacher sa poitrine, point BARRE. J’ai posé la question naïvement et Amour m’a répondu « ben pourquoi les femmes n’ont pas le droit d’être torse nu dans un monde où ça ne pose aucun problème pour les hommes, c’est une question d’égalité des sexes ».

Alors je me suis trituré les méninges, pas en continu, je vous rassure, mais par intermittence. Comment ça l’égalité des sexes ? Est-ce qu’on ne s’égare pas un peu ? En quoi ce serait une bonne chose pour les femmes d’avoir ce droit, comme les hommes ? Difficile de trouver une réponse objective à la question quand on est programmé à penser d’une certaine façon. Donc je me disais que « c’est comme ça, les femmes doivent cacher leurs seins parce que c’est indécent ». Et une réponse qui commence par « c’est comme ça » il faut s’en méfier…

Alors j’ai pensé aux communautés dites « primitives », celles qui se sont faites décimées par le monde civilisé… (civilisé mais qui mène la planète à sa perte). Dans ces communautés, il arrive souvent que les femmes vivent les seins à l’air. Pourquoi elles ne se font pas violer par leurs voisins ? Peut être simplement qu’ils n’ont pas les mêmes critères de décence que nous (et qu’en plus leurs hommes savent se tenir eux !). Peut être que leurs seins ne sont considérés que comme étant une partie de leur corps au même titre que les autres, un pied, une main, un cou… Et là je me suis dit qu’il fallait que j’écrive cet article parce que j’avais trouvé un grain de sable dans ma façon de penser et il fallait que je décoince quelque chose.

Je hais ma poitrine, je l’ai dit. Mais pourquoi ce désamour envers ces parties de moi qui m’ont permis de nourrir mes petits ? J’ai été très heureuse de pouvoir allaiter mes enfants, et je l’ai vécu comme un privilège (je parle ici de mon propre vécu).

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Mes seins tombent depuis toujours, je les trouve moche. Voilà pourquoi. En plus d’avoir été énormes et handicapants, ils osent tomber. Pourquoi ne tiennent-ils pas debout tous seuls comme ceux de Pamela ?

En m’examinant un jour, un gynéco m’a dit : « ben, qu’est-ce qu’il s’est passé avec vos seins ? » Je ne m’attendais pas du tout à ce genre de remarque, comment un médecin a-t-il osé me sortir ça ? J’avais entre 23 et 25 ans, merci pour le rapport à mon corps docteur ! Et il m’a dit que c’était à cause du poids que j’avais pris pendant ma grossesse. Plus on grossit, plus ça tombe après, cette info mérite tout de même vérification ; que je n’ai pas pris le temps de faire, qu’est-ce que ça pouvait changer pour moi de toute façon…? (Ça aurait été quand même vachement plus intéressant qu’on me dise ça AVANT ma grossesse et pas quatre ans après…).

Après mon troisième allaitement, je suis même allée jusqu’à rencontrer un chirurgien esthétique pour qu’il ravale tout ça. Moi je voulais juste remonter ce qui tombe sans rien ajouter, j’avais eu mon compte de forte poitrine. Mais lui disait que vu ma taille et ma corpulence, il fallait absolument des implants. Et il a même dit je cite « qu’il m’offrait la ptose mammaire parce que j’étais bien abîmée quand même… » (en français ça donne, je te remonte les nibards gratos parce que là ça pendouille bien trop pour être payant…) No comment…

On est d’accord que ces histoires sont bien la preuve que je ne rentre pas dans les critères de beauté imposés par la société… Mais le pire dans tout ça, c’est que je suis loin d’être une exception, les seins qui tombent sont bien plus fréquents que des seins qui montent. Si je déteste ma poitrine aujourd’hui, c’est le résultat de tout ça. On grandit avec les images de femmes refaites de partout, retouchées à outrance.

Nous sommes nombreuses à avoir grossis en étant enceinte, à avoir allaité, ou bien, sans avoir d’enfant, simplement à avoir un corps qui vit et qui évolue avec nous. Comme le reste de mon corps, mes seins portent la marque des événements de ma vie.

Nous vivons dans un monde où il faut avoir des seins, debout, jolis, mignons et cachés surtout. Parce que les seins libres, c’est érotique. Personnes ne supporte la vue d’un téton, encore moins quand celui-ci pointe. Il est bien connu que téton qui pointe = excitation sexuelle. Le frisson, le coup de froid, la chair de poule, tout ça, on n’en tient jamais compte. Et qu’on ne me réponde pas que c’est parce que seins et tétons sont des zones érogènes, parce que si c’est vrai, c’est loin de ne se résumer qu’au sexe féminin : de la même façon que certaines femmes apprécient cette caresse, c’est le cas pour certains hommes.

Calibra

On peut probablement parler de prise de conscience en ce qui me concerne. Il est bien évident que je ne vais pas commencer à me balader torse nu sous prétexte que je pense que les femmes devraient en avoir le droit, sans être regardées comme des putes. Cependant, je vais dorénavant y réfléchir à deux fois avant de mettre un soutien-gorge. Sauf pour le sport… Cas particulier ou franchement je préfère supporter ma fidèle brassière que des seins baladeurs.

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