Mon neveu n’est plus

Il avait 1 an. Une vie, bien trop courte. Une mort complètement incompréhensible. Un accident est si vite arrivé. Vous ne croyez pas si bien dire. Ça n’arrive qu’aux autres. Je n’ai pas perdu un enfant, mais ma sœur si. Aux autres ? Non, elle n’est pas une autre, elle est ma petite sœur. Ma nièce a perdu son petit frère. Ça fait 2 mois aujourd’hui. Ce n’est pas la date qui est marquée sur sa tombe. Mais je sais à quel moment il est parti. A l’hôpital, ils ont bataillé pendant deux jours pour nous le rendre, le remettre sur pied. Mais c’était déjà trop tard. Sa vie n’était plus la. Il ne restait que son enveloppe. Malgré tout Je suis reconnaissante à la médecine de nous avoir donné ce temps pour nous faire à l’idée.

Pixel2013

Tous réunis autour de ma sœur qui gardait le contact avec son bébé. Même si elle savait, elle aussi que ce n’était déjà plus lui.

prettysleepy1

En tant que parent, que mère, c’est notre plus grande peur, notre pire cauchemar. Lorsque que tu te retrouves enceinte, et que tu choisi d’accueillir cet vie en toi, tu commences à ressentir cette crainte. La peur de la perte, la peur de la mort. Chaque jour de grossesse qui te rapproche de la naissance est une source d’inquiétude. D’abord tu redoutes la fausse couche…

Futur bébé est bien accroché. Alors tu vis les échographies comme un grand moment, de bonheur. Mais une écho ne sert pas à faire plaisir aux parents. C’est un examen médical. En général, tout va bien. En général.

Les échos se passent bien et le fruit de tes entrailles grandi. Il bouge à l’intérieur. Et tu as cette sensation d’être habitée. Tu deviens une couveuse. C’est une expérience bizarre. C’est beau de fabriquer une vie, mais c’est étrange d’abriter en toi quelqu’un d’autre, un étranger. En fait, tu es un passage, du néant à la vie. Si jamais ces mouvements s’arrêtent, à nouveau la crainte se manifeste.

Finalement les mouvements ont repris. Désormais tu abrites un bébé, un enfant, un humain complet, et minuscule.

AnoukvanMarsbergen

L’accouchement… Tout compte fait, la grossesse c’était pas si terrible que ça. Mais maintenant il faut enfanter. Cette vie que tu as nourri et dont la présence t’es devenue familière il va falloir la mettre sur terre. Avec nous. Tous sur le même bateau.

Et la tu te sens soulagée, la fausse couche n’arrivera pas. Mais la crainte est toujours présente. Maintenant, cette vie, il faut protéger, préserver accompagner pour qu’elle s’épanouisse. Tu dois devenir une mère, et être une mère, c’est animal. Tu dois ressentir ce dont ton bébé a besoin. Si tu t’es tenue loin de tes instincts en grandissant, tu vas réapprendre à ressentir. Comme un animal.

SeppH

Mais la crainte est toujours là et elle empire chaque jour. Parce que tu es très attachée à cette petite vie, ton prolongement, ton immortalité. Toutes les nuits tu vérifies qu’elle respire. Tu es à l’affût. Chaque signe d’inconfort tu le pressens, tu le préviens et tu veux le soulager.

Et puis, ton bébé grandit…

Mon neveu est parti, il aura toujours 1 an. Il ne vieillira pas, ne pas tombera de vélo, jamais il n’embêtera sa sœur., jamais il ne deviendra un homme.

Aujourd’hui ça fait 2 mois et qu’est ce qui a changé ?

Je ne connaissais pas le deuil. La mort s’était tenue loin de moi jusqu’à maintenant. J’ai eu de la chance. Quand mes grands parents sont décédés, ils étaient vieux. C’était normal. Mais un bébé. Tu peux toujours chercher, c’est pas normal. Essaies de me trouver une raison… franchement c’est pas gagné. Mais nous sommes ici et nous n’avons pas d’autre choix que de faire avec. Qu’est ce qui a changé depuis ces deux mois ? Eh bien je pense à lui chaque jour, chaque heure. J’imagine qu’il habite les pensées de ma sœur à chaque minute. C’est bizarre, je ne pensais pas autant à lui quand il était là. C’est idiot. Et je pense à ma sœur aussi. Bien plus qu’avant. J’aimerai retirer sa peine, son chagrin, pouvoir porter ce fardeau avec elle. J’aimerai être la grande sœur que j’ai toujours essayé d’être, celle qui assure, celle qui est la et qui soutient. Sauf que cette fois, je ne peux rien faire d’autre pour ma sœur que de partager sa peine, l’écouter quand elle veut parler, être la quand elle a besoin et la réconforter. Ça pèse pas lourd…

Anemone123

Depuis 2 mois, je crois que j’ai presque réussi à accepter. Les accidents ça arrive, et pas qu’aux autres. La révolte qui gronde en moi quand je repense à tout ça ne sert à rien. Il y a tellement de choses qui ont rendu ce drame possible. Un enchaînement de petites choses et d’autres un peu plus grosses. Des choses qui finalement n’ont pas d’importance. Le plus important c’était mon neveu.

Quand j’entends quelqu’un appeler son prénom, car il n’était pas le seul à le porter, quand je vois un bébé qui a la même physionomie, ou seulement le même âge, mon cœur se serre.

Vous savez, le pire, c’était de l’avoir vu s’éteindre à l’hôpital. La couleur de sa peau. Après. A ce moment j’ai vu l’enveloppe vide. Cette image je l’aurais pour toujours en tête. C’était la première fois que je voyais un mort. Et il fallait que ce soit lui. En même temps, lui ou un autre ça aurait été exactement pareil. Même quand il s’agit d’une personne âgée, c’est difficile à avaler, alors que c’est dans l’ordre des choses. On sait tous que nous ne sommes que de passage dans la vie. Mais quand elle s’arrête, c’est toujours trop tôt.

LoggaWiggler

Et maintenant que la perte d’un enfant est une réalité si proche comment ne pas réactiver cette crainte de la perte et ne pas la projeter sur mes propres enfants. Je fais en sorte de tenir cette éventualité loin de mon esprit depuis toujours. Dans mon métier je suis confrontée de manière indirecte à la maladie et au décès des enfants. Sensible, je compartimente. Mais la c’est impossible. C’est trop près.

Il paraît que tout à une raison et arrive pour le mieux. Aujourd’hui j’en doute. Voici les mots que j’ai prononcé à son enterrement. Et aussi qu’il fallait que l’on tire du positif de tout ça pour qu’il ne soit pas passé parmi nous en vain. Mon neveu est mort et avec cet événement chacun des membres de ma famille doit composer avec cette tristesse. Pour lui, pour sa sœur, pour ses parents et pour nous. Je continue à chercher ce qu’il y a de bon à en tirer, je n’y arrive pas encore.

@y.dessin

Ma sœur m’a demandé d’écrire cet article. J’y avais pensé mais je repoussais. Pour écrire il a fallut que je m’observe et j’avais peur de le faire. Le temps est un peu passé depuis et j’ai réussi à rédiger ces mots sans verser de larmes. J’aime mon neveu pour toujours. J’aime ma sœur pour toujours.

PhotoMIX-Company

La vie est précieuse et fragile. Je vais continuer à couver mes petits en essayant de ne pas les étouffer pour leur permettre de vivre. Ça a été dur pour moi de les laisser partir en colo. Mais tout s’est bien passé.

Voilà.

Tout s’est bien passé.

Tout se passera bien.

La vie continue.

klimkin

NB : Je parle énormément de ma sœur et du ressenti que l’on a quand on devient mère. Je ne nie en aucun cas l’importance du père pour la vie d’un enfant, c’est juste que je ne sais pas ce qu’il se passe dans la tête d’un homme quand il devient père. Je vois le monde à travers mon vécu.

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